Annuaire de la ville de poitiers et de son agglomération

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Bataille de Poitiers (732)

Contexte
Au début du VIIIe siècle, la situation dans le Sud de la Gaule est la suivante : les armées musulmanes (composées majoritairement de berbères islamisés[1]) ont envahi entre 711 et 720 la partie du royaume wisigothique rescapée des conquêtes des fils de Clovis et ce jusqu'à Narbonne. Les gouverneurs à la tête de ce territoire lancent alors des expéditions ponctuelles - ghazwa - en Gaule pour s'emparer de butin. Les chroniques arabes en signalent ainsi trois qui semblent apparaître comme des défaites : en 721 devant Toulouse, en 732 (ou 733) et en 737 devant Narbonne.
Au milieu du VIIIe siècle, un anonyme chrétien de Tolède ou de Cordoue, fixe le premier récit du conflit de 732 et en donne pour cause, des dissensions qu'auraient connus la Cardagne. Ainsi, un certain Munuza ou Manuza, représentant d'Abd el Rahman, gouverneur omeyyade de l'Espagne, dirige ce qui est alors la Septimanie. Mais Munuza se révolte contre son maître et fait alliance avec Eudes, duc d'Aquitaine. 'Abd el Rahman dirige alors une expédition punitive contre son vassal, le tue et décide de ne pas rentrer en Espagne les mains vides. Il pousse ainsi vers le Nord et l'Aquitaine, envahit celle-ci et entreprend plusieurs razzias. Eudes réunit une armée pour contrer Abd el Rahman mais ce dernier lui inflige une défaite à Bordeaux et se dirige vers Tours, dans l'intention de la piller et de s'emparer des reliques de saint Martin. Cependant, Charles Martel, à qui Eudes a fait appel après sa défaite, marche vers Tours après avoir réuni une armée de fantassins francs. Il décide d'attendre que les Sarrasins soient lourdement chargés de butin pour les attaquer.

Bataille
Toujours selon les chroniques arabes, Abd el Rahman marche sur Poitiers et pille l’abbaye Saint-Hilaire. Puis se dirige vers Saint-Martin de Tours pour en piller les riches sanctuaires. Il rencontre les armées de Charles et du duc à Moussais, sur l'actuelle commune de Vouneuil-sur-Vienne, entre Tours et Poitiers. Après une semaine d'attente où les deux armées s'épient, la bataille s'engage. Abd el Rahman lance sa cavalerie sur les Francs. Ceux-ci, formés en palissade « comme un mur immobile, l'épée au poing et tel un rempart de glace», les lances pointées en avant des boucliers, attendent le choc. Il semble que l'image ait quelque chose de juste dans la mesure où c'est bien la solidité des lignes franques qui impressionna les troupes arabo-berbères. De son coté Eudes prend l'ennemi à revers et se jette sur le camp musulman. Croyant leur butin menacé, les combattants Maures regagnent leur campement. Ils subissent de lourdes pertes et 'Abd el Rahman est tué. Le lendemain, au point du jour, Charles donne l'ordre d'attaquer, mais le camp est vide, les musulmans se sont enfuis dans la nuit. Selon d'autres sources, Abd el Rahman n'aurait pas été tué à la bataille de Poitiers mais aurait simplement reflué vers ses bases arrières de Narbonne. Poursuivi par les troupes franques de Charles Martel, il aurait été tué et son armée exterminée à Louchapt au pied de la falaise du Sangou, dans le Lot, en 733. L'Hôtel de ville de la commune de Martel aurait été construit sur le lieu même de la bataille.

Explications de la défaite musulmane
Selon l'historien André Clot[2], une des raisons de la défaite réside dans l'éloignement des musulmans de leurs bases. Une autre raison est que l'armée musulmane était composée en majorité de Berbères d'Afrique du Nord venus avec leur famille ce qui gênait les manœuvres de l'armée et retardait son avance, les hommes ayant souci de protéger leurs femmes et leurs enfants. D'autre part, toujours selon André Clot, lors du combat final, le duc d'Aquitaine aurait attaqué le camp ou étaient rassemblées les familles entrainant la débandade des musulmans.

Conséquences et portée historique
Cette défaite marque le terme de l’expansion musulmane médiévale en Occident et a d’importantes conséquences. En répondant à l’appel à l’aide du duc Eudes d'Aquitaine, Charles Martel a profité de l’avancée des troupes musulmanes pour intervenir dans une région qui refusait de se soumettre à son autorité. Fort de sa victoire, Charles s’empare de Bordeaux, intervient dans la vallée du Rhône et en Provence, où il soumet le patrice Mauronte (737), allié des musulmans. Ainsi, la victoire de Poitiers entraîne non pas le départ définitif des musulmans, comme en témoigne l’échec du siège de Narbonne, dirigée par un gouverneur omeyyade jusqu’en 759, mais l’intervention systématique des Francs, seuls capables de s’opposer à eux. En définitive Eudes d'Aquitaine, comme a pu l'écrire Michel Rouche, reste le véritable vaincu de Poitiers. Cette victoire eut ainsi une portée limitée. Les raids musulmans continuent cependant. Ainsi, Charlemagne bat vers 800, à la bataille du bois des Héros (en Saintonge), une troupe musulmane qui razziait le pays. Des forteresses provençales servent de base à des incursions dans le pays jusqu’à la fin du Xe siècle (cf. bataille de Tourtour).

Date et lieu de la bataille
La bataille aurait eu lieu le 25 octobre 732[3]. Elle fut vraisemblablement une suite d'affrontements qui se sont déroulés sur plusieurs jours entre Poitiers et Tours avec un combat final et décisif à Moussais-la-Bataille. Bon nombre d'historiens, arabes et occidentaux, s'accordent à dire aujourd'hui que Cenon-sur-Vienne, situé au confluent de la Vienne et du Clain, est le lieu exact de cette bataille.

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